Le Boujloud

Publié le par Cécile

Le Boujloud, célébré dans le Souss, le Moyen et le Haut Atlas, réunit plusieurs ingrédients de la fête populaire avec costumes, musiques et rites coutumiers. J'ai assisté à deux de ces soirées de festivités en compagnie de mes amis. Deux jours après l'Aid al Adha ils m'ont emmenée à quelques rues du local de l'association nous fondre dans la foule des habitants du quartier de Tikiouine à Agadir. Au bras de Kamillia j’ai suivi ses explications en même temps que je découvrais des musiciens, quelques boujlouds et toute une ambiance construite par une foule d’enfants, de femmes et d'hommes.

Le Boujloud

Les personnages fantasques, pour ne pas dire fantastiques, croisés au détour des ruelles que nous traversions, étaient couverts de peaux de chèvres ou de moutons des pieds à la tête. Les visages habillés de masques, d'un foulard traditionnel, de maquillages pour la plupart très recherchés, des jeunes hommes, parfois des jeunes garçons, parcouraient les rues à l’affût de leur proie. Me laissant portée par la découverte d'une foule bigarrée j'aurais eu tendance à me laisser aller, suivre ma curiosité et ne pas faire attention où elle me menait. Après quelques rues parcourues nous nous sommes arrêtés sur un trottoir où nous pouvions apercevoir les circulations désordonnées des boujlouds. 

Le BoujloudLe Boujloud

D’après les articles de Abir El Adnani, 25 août 2018, HZ4 Le Figaro, de Yassine Saber, 28 août 2018, LesEco.. et les travaux de Mouna Hachim, écrivaine et chercheuse

Bilmawen en amazigh, Bou-l-btayn, Bou-hidour ou Boujloud en arabe, le nom évoque la vieillesse ou l’homme à plusieurs peaux. Cette fête se déroulait depuis des lustres dans les villes et les campagnes du Maroc d’où elles ont disparu sauf dans le Souss et l'Atlas. La fête de Boujloud commence le lendemain de l'Aid Al Adha. L'homme habillé de peau de mouton ou de chèvre, parfois la tête ornée de cornes, déambule dans les rues et frappe des personnes de sa connaissance. Pour échapper aux coups de pattes de chèvre ou de mouton dont ils sont équipés, les futures victimes peuvent donner de l'argent. J'ai pu me rendre compte que rares étaient les fois où le bourreau avait pitié même de ceux qui donnaient quelques pièces.

Le Boujloud

Depuis le début du XXe siècle voyageurs curieux ou ethnologues avertis font des hypothèses quant aux origines de cette fête. Il s'agirait des restes de rites magiques berbères symbolisant l'alternance des saisons, la mort et la résurrection de dieux comme Hammon ou Yakouch. Ce serait aussi un rite païen remontant aux fêtes saturnales grecques  ou romaines qui accueillaient la fertilité de la terre et des êtres vivants comme Pan ou Lupercus. Lors de ces célébrations des hommes vêtus de peaux de boucs ou de chèvres sacrifiés couraient et fouettaient les passants avec des lanières.
Des pratiques similaires existent aux Iles Canaries, en Sardaigne, en Allemagne ou en Autriche où les parades de Krampus se font vêtues de peaux de moutons ou de chèvres.

 

Le BoujloudLe Boujloud
Le Boujloud

Dans une certaine mesure le Boujloud a eu un rôle dans la politique de l’indépendance. Les autorités coloniales n’appréciaient guère les parodies de la justice, de la politique menées. Les défilés et fêtes furent supprimés pour éviter les débordements. Les représentations populaires ont été condamnée au nom de la morale pour lutter contre la régression vers la vie animale. Actuellement le rite du Boujloud subit plusieurs difficultés dont la modification ou la substitution des maquillages, des pattes d'animaux contre des tuyaux, la progression d'actes d’agressions ou de harcèlements, d'utilisation de drogues. Des carnavals plus encadrés ont existé mais leur coût élevé supportés par des associations culturelles les a fait disparaitre au fur et à mesure.

Le Boujloud

La circulation dense et désordonnée du public et des hommes masqués et déguisés qui passaient devant nous laissait s’échapper quelques boujlouds. Plusieurs d'entre eux ont accepté notre invitation à se faire photographier avec nous.

Deux jours plus tard quelques uns de mes amis m'ont réinvitee aux festivités du Boujloud. Le quatrième et dernier jour a été plus agités et le but premier qui est de donner des coups de patte sur le dos ou les fesses des passants a pris le dessus. Les maquillages étaient moins recherchés, les jeunes hommes encore plus désinhibés, une ambiance plus électrique.


J’ai apprécié d’être immergée dans la marée humaine d’un quartier où les étrangers comme moi ne vont pas habituellement. Une expérience unique.

Le Boujloud

Publié dans Immersion en culture

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