Laissez-moi vous raconter

Publié le par Cécile

Déjà 6 jours à Agadir et mon quotidien est bien rempli. J'ai retrouvé mes amis et les jeunes. Et j'ai aussi fait de nouvelles rencontres. Laissez-moi vous raconter...

Installée dans un appartement en plein quartier Salam je redécouvre la vie à Agadir loin des touristes avec sa population si bigarrée, sa circulation si dense, avec ses conducteurs de voitures, de taxis, de vélos, de scooters, de camions, de triporteurs, de charrettes tirées par des ânes... La vraie vie marocaine. Dès les bagages posés Moustapha me conduit à SOS Village où je retrouve Mimid, Bakhdadi, Saida... Quelle joie de revoir Adil, Abdallah, Issam et Choayb et de faire la connaissance d'Ayoub. Les cinq jeunes ont le sourire et les yeux pétillants. Je les serre dans mes bras.

Pourquoi à SOS Village ? Non parce qu'ils sont accueillis dans ce centre de façon permanente et quotidienne, mais parce qu'ils ont été choisis pour faire partie d'un programme porté  par une organisation allemande, Transnationnal Corridor. Celle-ci met à disposition des fonds pour que 10 enfants de SOS et 5 de Khoutwa bénéficient d'un accompagnement specifique de six mois. Pour les enfants en situation de rue il s'agit de les faire participer à des activités ludiques, sportives, mais aussi d'apprentissages scolaires ou professionnels, de les aider à décrocher des drogues, de les faire bénéficier de soins médicaux. Un hébergement est également prévu pour eux mais le logement et la personne qui va rester avec eux la nuit ne sont pas encore trouvés. Oui vous l'avez compris c'est encore la rue qui fait lit pour eux. 

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Ce mardi c'est tir à l'arc, ordinateurs, bricolages et peinture. Pour Issam c'est repos.

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Mercredi mon travail était de terminer le dossier de demande de subventions à une association marocaine pour le financement d'un véhicule de transport collectif. Mission accomplie.

Jeudi nous avons retrouvé  nos cinq jeunes à SOS. Après un petit-déjeuner copieux ils ont investie la salle informatique avec vidéos et films. L'après-midi  ça a été football avec les enfants de SOS.

Le changement est flagrant. D'enfants que j'ai connus hagards, le regard éteint, je trouve des garçons joyeux, joueurs, attentifs, appliqués. Je vois qu'ils se saisissent  de la chance qui leur est donnée. Je remarque quand même qu'Issam reste triste. Sa frêle apparence est encore plus accentuée par son visage doux qui reste tendu vers beaucoup de souffrance. 

 

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Vendredi Mimid, Karima et moi sommes allés chercher un jeune pour l'amener à l'hôpital. Je découvre une personne maigre, maigre et qui tousse beaucoup. On entend que les bronches sont encombrées. Je ne devais pas lui serrer la main. Mimid soupçonnait une tuberculose. Ça n'en était pas une puisque les médecins l'ont laissé sortir.

A midi nous sommes allés chercher la doyenne de l'association, l'énergique et drôle Sadia. Puis on est allé au local tout petit qui nous sert de bureau-siege-stock-salle de réunion et autres à Tikiouine. Kamilia et Moustapha s'y trouvaient, la maman et la sœur de Saida aussi. Amine, le petit garçon de 3 ans de Mimid et Saida, courait et jouait dans les couloirs.

Vendredi c'est jour de couscous. C'est aussi jour de maraude pour l'équipe de Khoutwa. Nous retrouvons les jeunes dans le parc du quartier de Dakhla. C'est là  que la plupart d'entre-eux se retrouvent pour se poser, dormir et... se droguer.  Un peu éparpillés dans et autour du parc les jeunes arrivent au compte goutte. Une jeune femme est déjà là assise par terre avec Hamid un jeune de la bande. Dans une poussette elle donne un biberon à une fillette d'un an environ. Et elle est enceinte jusqu'aux yeux. Mimid me confirme qu'elle vit dans la rue avec ses filles. Ces filles ? 

Je vois débarquer avec  un groupe de jeunes une toute petite puce d'à peine 2 ans. Le pantalon souillé elle trotte devant les grands et comme eux elle sort de nulle part. Je suis retournée. J'avais vu des mères célibataires dans la rue mais je n'en avais jamais rencontré. La petite vient vers moi avec une grimace mais vite elle oublie qu'elle ne me connait pas quand elle me voit parler avec sa mère et avec les jeunes. Mimid ramène une couche que la mère met à sa fille. Elle lui remet le pantalon souillé. .

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Le premier plat de couscous est englouti. Mais les enfants se plaignent. Ils vivent comme une injustice le fait que ce soient d'autres qui aient été choisis pour le programme. Mimid décide de faire une réunion avec les enfants. Ils sont dix en tout. Plus la jeune femme, deux jeunes adultes et les petites. Les enfants partage leurs griefs, posent des questions. Sans agressivité. Mimid leur explique qu'il les a observé pendant le Ramadan. Et qu'il a fait son choix en privilégiant ceux qui partageaient, se tenaient bien, fesaient des efforts au niveau du groupe. Il les a fait réfléchir sur leur comportement. La plupart d'entre eux ont reconnu qu'ils "faisaient des bêtises" et que peut-être ils ne méritaient pas d'être dans le programme. Mimid a rassuré en assurant qu'il y auraient toujours les maraudes et une matinée football le dimanche matin. Il leur a donné l'espoir d'être de ceux qui feront partie des prochains six mois à partir de décembre si leur  comportement s'améliorait. 

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J'ai retrouvé  les enfants dimanche justement. Pour le foot. Ils sont arrivés sur le terrain et n'ont pas traîner pour se changer, dans la mesure où on peut se dépêcher quand on est shooté au diluant. Ils sont tous venus avec leur "chiffoune" sauf Adil, Abdallah  et Issam, les jeunes du programme. Ils tiennent le coup, plus de diluant. Adil et Issam ont quand même été agressés dans la nuit par d'autres pour "traîtrise" ( un chiffon imbibé sous le nez pendant le sommeil et un produit corrosif sur la joue qui a fait des dégâts jusque dans la bouche). Le jeu met du temps à se mettre en place. Il y a beaucoup de discussions pour la constitution des équipes. Mimid est bien plus qu'un arbitre. Et puis c'est partie !

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Avec les garçons il y avait une petite fille de 5 ans. Elle a 5 ans et vit dans la rue avec sa maman. Un petit clown que j'aurais aimé rencontrer dans d'autres circonstances. Tellement mignonne que ma gorge se serre quand je me dis que je ne peux pas faire grand chose pour elle. 

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Publié dans Mission solidaire

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