Sous la pluie

Publié le par Cécile

A chaque fois que je viens au Maroc j'amène deux ou trois jours de pluie avec moi. 

C'est ainsi que par un jour de pluie je retrouve les enfants. Pas tous, une poignée seulement...

Sous la pluie
Sous la pluie

Alors que nous sommes occupés à réfléchir aux nombreux sujets à traiter dans le « bureau » à Mimid (voir article « Au boulot »), c'est-à-dire dans un café, celui de l'hôtel où je réside, Karima s'écrit : « les enfants, ils sont dehors ! ». Pas d'hésitation, d'un bon je me lève, je laisse tout en plan et je me précipite à l'extérieur.

Ils sont trempés, en guenilles et tous drogués. « Madame Cécile ! Madame Cécile ! ». Ils se jettent dans mes bras, se poussent pour prendre la meilleure place. Il y a Brada, Abdala, Nabil et trois autres enfants, les plus jeunes de la bande du Battoir. L'odeur de solvant est très forte. Ils ont tous le regard hagard, les pupilles dilatées. Les gros câlins se succèdent à deux, à trois, à quatre. Je suis émue et certains d'entre eux aussi. J'ai la gorge serrée devant leurs pulls, leurs tee-shirts troués. Les pantalons sont sales. Et les chaussures… je ne sais pas pourquoi mais c'est « le détail » qui fait déborder mes larmes. Des chaussettes mouillées dans des claquettes trop grandes, des baskets dont les semelles sont encore attachées au corps de la chaussure par miracle, des nouilles (vous savez les trucs en plastique transparent dont nos parents nous affublaient à la plage quand on était petit). Tout laisse passer l'eau qui ruisselle sur le trottoir.

Sous la pluieSous la pluie

Les câlins tarissent. Ils sont tous excités. Mais les regards fuient déjà vers les effets de la drogue qui reprend les rênes. Seul Brada ne me lâche pas le bras au cas où je m'envole avec ses pensées. Il me regarde, se pointe du doigt : « moi, cadeau ? ». Je sais que je lui en dois deux. Au mois de juin il m'avait offert une médaille trouvée dans les poubelles et un DVD des Transformers qu'il avait dû voler. Et là il me réclame la réciprocité. J'ai effectivement pensé à cela et dans mes valises un tee-shirt et un collier l'attendent. Mais devant les autres impossible de les lui offrir. « Je n'en ai pas » et fâché par la réponse il part bouder. Je demande à Karima de traduire et lui dire qu'il doit revenir seul un peu plus tard dans l'après-midi.

 

Je suis surprise par la façon dont se termine la rencontre. D'un coup, d'un seul, comme un même corps, les enfants s'éloignent. Ils s'éloignent sans presque se retourner. Comme si rien ne venait de se passer. J'ai encore une fois l'impression de les abandonner. L'émotion est trop forte.

Sous la pluie

Alors que Karima et Mimid viennent de me quitter, le petit museau de Brada pointe à la porte vitrée de l'hôtel. Je lui fais signe d'entrer dans le petit salon de l'entrée. J'avais prévenu à l'accueil que j'allais recevoir un enfant des rues, pour ne pas qu'ils le repoussent. Je l'installe sur un canapé et lui fais signe de m'attendre. Je monte et redescends le plus rapidement possible avec mes paquets. La joie sur son visage me chavire. Le papier est déchiré précipitamment. Il me demande de mettre le collier, regarde avec admiration le vêtement. Encore des câlins. Je ne sais pas si je vais avoir ma dose… Nous n'avons pas grand-chose à nous dire, pas parce que nous ne le voulons pas mais la barrière de la langue prend ici toute son ampleur. Il me redonne le tee-shirt en me disant « Mimid ». Je comprends que je dois le donner à une personne de confiance. Les enfants ne peuvent pas garder les choses auxquelles ils tiennent dans la rue...

 

Il fait nuit maintenant et Brada s'éloigne… il retourne « chez » lui... dans la rue...

Sous la pluie

Publié dans Mission solidaire

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