Assia

Publié le par Cécile

Nous sommes le 22 octobre, deuxième jour de mon séjour à Agadir. Karima, Mimid et moi nous rendons à Dcheira El Jihadia. Cette petite commune coincée entre Inezgane et Tikiouine, au sud d'Agadir, donne à voir de premier abord ses grandes avenues et des bâtiments cossus. Mais il y a les quartiers plus populaires et c'est vers ceux-ci que nous nous dirigeons. Nous allons à la rencontre d'Assia.

Assia

La ruelle qui nous conduit chez elle fait à peine deux mètres de large. Par égard à l'intimité de la jeune femme et de ses enfants je me tiens à l'écart de la grille qui fait office de porte à la toute petite chambre (à peine 9 m2) où est logée la famille. Je me demande comment elle se protège de la pluie et du froid ? Mimid et Karima qui la connaissent bien entament la conversation. Assia a le sourire. Nous devons aller visiter avec elle un logement plus grand où elle sera plus à l'aise avec ses enfants. Elle m'invite à pénétrer dans son tout petit espace. La jeune femme de 34 ans, mère célibataire de 6 enfants de 14 à 1 an nous attendait. Je les regarde serrés les uns contre les autres installés sur les matelas étalés par terre. La plus jeunes des enfants dort contre ses aînés.

Assia
Assia

Assia confie la fratrie au garçon de 14 ans. Il va devoir rester avec ses jeunes frères et sœurs et s'en occuper. Avec un de ses enfants elle nous accompagne en voiture dans un autre quartier ou se trouve l'association Tadamoun (Solidarité pour les personnes en situation difficile). Cette dernière doit donner des vêtements que les femmes, qui viennent en formation ici, ont réunis pour Assia et ses enfants. Elle reste discrète et se tient à l'écart tandis que Fatimzara me fait visiter les locaux. Plusieurs classes d'alphabétisation pour les femmes, ainsi que des cours de coutures, de coiffures occupent les locaux. Il y a différents niveaux d'instruction. Les enseignantes sont fières de me montrer les cahiers de certaines femmes. Fatimzara m'invite à me présenter et leur dire un petit mot. C'est ainsi que j'encourage chaque classe, chaque femme à persévérer dans leurs apprentissages pour qu'ainsi elles acquièrent de l'autonomie et qu'elles fassent changer la place et le rôle des femmes dans leur société.

Assia
Assia

Nous repartons avec la jeune femme et son fils cette fois à pied vers son nouveau logement. Fatimzara vient avec nous et je profite de son excellent français pour me faire expliquer leur travail auprès des femmes. Au détour de plusieurs ruelles qui en partie sont faites en terre nous arrivons devant une petite échoppe. Un homme nous accompagne jusqu’au logement. En entrant dans la pièce Assia enlève ses lunettes noires. Je peux ainsi vérifier ce que j'avais cru voir quand nous étions chez elle. Ses pupilles sont dilatées comme celles d'une personne sous emprise de drogue. L'homme nous fait visiter le studio. Il est au rez-de-chaussée, a une vrai porte. La pièce principale est spacieuse et comporte un coin cuisine. Elle donne sur une petite chambre qui une fois aménagée avec des lits superposés offrira des couchages individuels pour chaque enfant et pour la jeune mère. Pour ce logement notre association, Khoutwa, va payer le loyer pendant un an.

Assia

Mimid négocie avec l'homme qui nous a fait visiter. De ce que je comprends il n'a pas l'air enthousiaste à l'idée de louer son appartement à une mère célibataire. J'apprendrais plus tard qu'effectivement l'équipe a dû trouver un autre logement pour la jeune femme.

Je ne sais pas comment Assia peut faire vivre ses enfants. Ils sont propres et ont l'air bien portant. L'association lui apporte son aide sur plusieurs plans. Ainsi elle l'accompagne aussi d'un point de vu administratif pour que ses enfants puissent être reconnus légalement. Je ne reverrai pas Assia lors du reste de mon séjour. Son sourire triste restera dans mes souvenirs.

Publié dans Mission solidaire

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