Allez les filles !!!

Publié le par Cécile

Le centre de Sauvegarde de la jeune Fille d'Agadir, installé pas très loin du Battoir, de la place des grands taxis, et du souk, abrite aujourd'hui environ 80 jeunes demoiselles entre 8 et 21 ans en situation difficile.

Depuis 2006 les pensionnaires sont hébergées dans cette grande bâtisse de plusieurs étages. Elles peuvent également suivent une scolarité adaptée ou classique dans les écoles, collèges et lycées voisins. Le centre leur offre la possibilité de se former en cuisine, couture ou hôtellerie. Certaines d'entre-elles suivent des études supérieures.

Pour une fille être en situation difficile au Maroc ça veut dire être orpheline, ça veut dire être abandonnée, rejetée par sa famille, ça veut dire être en fugue pour ne pas subir maltraitance, exploitation, mariage forcé, ça veut dire se prostituer, voler, ça veut dire finir en prison, ça veut dire se faire violer et devenir paria de la société si elle tombe enceinte.

Allez les filles !!!

Mon amie Saïda, éducatrice, m'a invitée à venir visiter le centre qui est à deux pas de l'hôtel où je réside. Nous nous sommes donné rendez-vous en début d'après-midi. Accueillie par une de ses collègues je suis d'abord conduite dans le réfectoire où les jeunes finissent leur repas. « Chkoun hada ? Chkoun hada ? (Qui c'est ? Qui c'est?) » Curieuses elles demandent à Saïda et à sa collègue qui je suis et ce que je viens faire. « Hahik khti ? (C'est ta sœur ?) » Elles trouvent qu'on se ressemble et me regardent à la dérobée pour beaucoup. D'autres beaucoup plus franchement. C'est la période des vacances (juillet) et certaines sont partie en camp. Les autres sont toutes dans le réfectoire. Saïda parle à l'assemblée en darija. Plusieurs filles ont l'air intéressé.

Allez les filles !!!

Nous remontons dans l'atrium où la résonance est impressionnante. Les voix, les rires explosent. Plusieurs jeunes s'installent dans un coin de la pièce et commencent à jouer des percussions. Je suis encore une fois bluffée par la dextérité avec laquelle les filles impriment le rythme à la chanson qu'elles ont entamée. Filles, garçons, jeunes, plus vieux… incroyable ils sont tous nés avec un djembé entre les mains ! La collègue de Saïda parle bien le français. Elle m'explique qui est qui et me parle des activités qu'elles proposent pendant les vacances. Je garde quand même une oreille pour la musique. Elles jouent pour moi quand même ! Saïda fait le chef d'orchestre. De ses gestes elle guide la fougue et les voix des filles. Je n'ose pas, pourtant je n'ai qu'une envie : c'est de danser avec celles qui se sont lancées dans les mouvements chaloupés des danses orientales.

Allez les filles !!!

Je sais que mon amie leur a proposé que je parle de la France. C'est le moment. Avec empressement une poignée de filles installent des chaises en cercle et m'invitent à m'installer avec elles. Saïda ne parle que quelques mots de français elle ne peut pas traduire les échanges. Mais il y a deux jeunes qui prennent ce rôle. Plusieurs d'entre elles me comprennent. A l'école elles doivent apprendre le français.

 

Allez les filles !!!

Je lance les échanges : « Asmiti Cécile. » je les pointe du doigt une par une pour qu'elle me donnent elles aussi leur prénom. C'est parti ! Première question : « Quel métier tu fais ? – Ana ostada (quand je peux je réponds en darija) – Je suis professeur – Tes élèves ils ont quel âge ? – Ce sont des jeunes adultes – Tu leur apprends quoi ? – A travailler avec des enfants ou des adultes en situation difficile. » Viennent les questions sur les enfants en France qui comme elles sont protégées. Mes réponses les surprennent parfois. Par exemple, qu'en France il n'y ait pas d'enfants qui vivent dans la rue ; qu'ils soient protégés par la société et les adultes ; que les filles et les garçons soient abrités dans les mêmes maisons d'enfants. Ici beaucoup de rires !

Allez les filles !!!Allez les filles !!!
Allez les filles !!!

Puis arrivent les questions personnelles : « Tu est mariée ? – Oui – Ton mari il est avec toi au Maroc ? – Non il est resté en France (les visages expriment la surprise) – Tu viens au Maroc toute seule !? – Et tu as des enfants ? – Oui deux garçons, deux grands garçons, un qui à 20 ans et l'autre 16 ans (les jeunes filles s'agitent) – Tu as des photos ? (je fais circuler mon portable) – Comment ils s'appellent ? – Titouan et Tom (j'annonce que Titouan est déjà en couple mais les cheveux longs de Tom attirent l'attention) – Il a les cheveux longs comme une fille ? Il est beau ! ». Les questions continuent un moment. Elles sont très curieuses. Je reprends la main : « et vous vous voulez faire quoi comme métier ? Vous avez quoi comme loisirs ? » Les jeunes filles redeviennent timides. Quelques-une se lancent. Elles ont des loisirs variés. Toutes en ont un, voire plusieurs. Je vois que l'association leur donne de nombreuses possibilités. Plusieurs font du sport, des sports que l'ont attribuent plus aux garçons d'habitude : foot, judo, taekwondo. De la danse bien sûr et autre...

C'est l'heure pour moi de les quitter. Toutes m'embrassent. Certaines m'enlacent. « tu reviens, tu reviens ?! » Encore une fois je quitte les enfants avec beaucoup d'émotion.

Allez les filles !!!
Allez les filles !!!Allez les filles !!!Allez les filles !!!
Allez les filles !!!Allez les filles !!!
Allez les filles !!!
Allez les filles !!!Allez les filles !!!Allez les filles !!!

Quelques jours après a lieu la remise des récompenses pour les diplômes que certaines ont obtenus à l'école ou en formation. Je retourne donc au centre avec plusieurs membres de l'association Khoutwa. Nous assistons aux festivités. La sono est à fond. Nourdinn joue de la guitare et Asna du djembé. Jawad tient le micro. Toute l'assemblée est assise en cercle. Le thé et les pâtisseries circulent. Souad, Abdelhak, Saadia, Mimid, Icham sont là. Brahim anime comme il sait le faire, avec beaucoup d'entrain et d'énergie. Sadik toujours le sourire au lèvre.

Les lauréates montent sur scène. Souad remet des diplômes. J'ai l'honneur d'être invitée à faire de même. L'émotion passée les danses vont bon train. Une petite fille m'invite pour que je danse avec elle. Je prend par la main une pitchounette toute de jaune vêtue. D'autres viennent s'insérer dans la ronde et elles m'entraînent pour que je me déhanche façon orientale avec elles.

Je passe un nouveau moment formidable. La vie est belle !!

Allez les filles !!!Allez les filles !!!
Allez les filles !!!Allez les filles !!!
Allez les filles !!!Allez les filles !!!
Allez les filles !!!Allez les filles !!!

Publié dans Mission solidaire

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