La princesse du désert

Publié le par Cécile

La princesse du désert

Après avoir traversé des paysages de plus en plus arides sur des centaines de kilomètres, non loin de Ouarzazate et de Zagora, Jean-Luc, Tom et moi arrivons à Foum Zguid dans la province de Tata. J'ai pris rendez-vous avec un guide pour une excursion de deux jours. Ne sachant pas encore quelles vont être nos découvertes, notre curiosité s'aiguise d'instant en instant.

 

Pour se rendre dans le désert il faut faire appel aux compétences d'un homme du désert. Une aventure mal préparée dans un environnement hostile et sans repères peut vite tourner au drame. Nous avons rendez-vous avec Moustapha au restaurant Chegaga. L'endroit est original. Les nombreux auto-collants colorés collés sur les portes et les murs marquent la trace des voyageurs et autres baroudeurs qui ont fréquenté les lieux. L'homme bleu nous accueille. Il s'installe avec nous sur la terrasse et dévoile assez vite son caractère farceur.

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L'heure du départ sonne et nous retrouvons Abdoul, le chauffeur du 4x4, qui va nous conduire pendant notre périple. Nous roulons sur plusieurs dizaines de kilomètres d'une course bringuebalante sur la route aride et caillouteuse du Lac Iriki. La brume commence à tomber. Et c'est au détour d'une dune que nous trouvons les refuges qui vont nous abriter pour la nuit. Celle-ci tombe vite. Les étoiles enchantent les yeux. Le repas terminé ce sont elles qui nous guident vers nos rêves.

Le lendemain, après le petit déjeuner, la troupe reprend la route. Toujours aussi secoués dans le 4x4 c'est quand même tout sourire que nous arrivons au milieu de champs à perte de vue où d'énormes pastèques sont posées ça et là. Tout sourire le cultivateur nous accueille dans sa petite cahute toute simple qui l'abrite du soleil quand il mange et fait la sieste. Il est fier de sa plantation et nous fait goûter la chair rouge gorgée d'eau et de sucre des énormes fruits. Après le rituel du thé qu'il nous offre comme partout où nous nous arrêtons, nous repartons avec plusieurs pastèques dans le coffre.

 

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Les maisons aux toits plats du village de Sidi Abdenbi ont la même couleur que le sable alentour. Moustapha nous conduit quelques mètres plus loin sur les ruines d'anciennes habitations. Il nous explique les us et les coutumes des habitants d'autrefois. Quelques jeunes garçons nous rejoignent et courent au milieu des pierres renversées. En redescendant vers le village nouveau la porte colorée du hammam attirent mon œil. Moustapha nous explique son fonctionnement.

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Nos pas, ou plutôt les roues du 4x4, nous mènent à un camp de nomades. Le dénuement de la famille qui nous accueille m'émeut. Des petites chèvres tournent autour du véhicule et les premiers à nous accueillir sont les enfants, ceux de la famille et les petites voisines qui traversent, pour nous retrouver, les quelques 500 m qui séparent les campements. La grand-mère de la famille insiste pour que nous entrions sous la tente. Je crois me rendre compte que comme dans les maisons il y a une « pièce » qui sert à recevoir les invités tandis que les autres parties de l'habitation sont privées.

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Abdoul et Moustapha amènent plusieurs ingrédients pour que nous préparions à manger. Et c'est consciencieusement que notre chauffeur, Tom et moi coupons en petits dés les légumes qui vont devenir une délicieuse salade marocaine. Le repas se termine sur les morceaux d'une… pastèque ! C'est un dessert prisé au Maroc.

 

Après le repas j'échange avec le jeune garçon qui nous l'avait préparée. J'essaie de lui poser des questions. Peine perdue la communication est trop difficile. Même des petits bonhommes dessinés à l'aide de bâtons, comme nous le faisons très souvent pour représenter des individus, n'a pas de sens pour le jeune garçon. Nous n'avons pas les mêmes codes culturels. Seuls Moustapha et Abdoul auraient pu nous faire la traduction de nos échanges mais c'est l'heure de la sieste. Donc nous nous débrouillons comme nous pouvons. La grand-mère et la mère viennent nous rejoindre. Elles sortent d'un sac plusieurs babioles pour me les vendre. J'achète un chameau en tissus bariolé et un collier.

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En sortant de la tente plus de 4x4. Et c'est avec un grand sourire que Moustapha nous présente plusieurs chameaux (à une seule bosse mais on les nomme quand même chameaux « celui qui court » étymologiquement). C'est notre véhicule pour aller rendre visite à l'école du désert. Nous en avons chacun un. Moustapha doit me porter pour que je puisse m'installer sur la scelle. C'est haut et peu rassurant.

Le mal de fesse est vif. Je suis contente de descendre de ma monture. Moustapha nous invite à entrer sous une grande tente où plusieurs enfants, de différents âges, garçons et filles, se tiennent face à un grand tableau noir. Plusieurs affiches portent les écritures d'un alphabet arabe et d'un autre en français. Les enfants sont distraits par notre arrivée et même si nous essayons de nous faire tout petit sur le côté de la classe des regards furtifs se posent sur nous très souvent. J'ai droit à quelques sourires.

 

Je n'ai pas voulu prendre de photos, ni filmer. A vrai dire j'étais gênée d'être là à regarder les enfants comme une curiosité touristique. C'est donc un petit reportage trouvé sur internet sur une autre école nomade que je propose.

Ouf ! Abdoul nous attend avec le 4x4 ! Je ne sais pas si mon séant aurait supporté une autre balade à dos de chameau. Nous reprenons la piste désertique pour rejoindre notre nouveau bivouac. Le rock touareg des Tinariwen (voir article "A l'ombre du figuier") résonne à tue tête dans la voiture. C'est avec délice que nous observons les dunes majestueuses. En arrivant au camp Moustapha nous invite à y grimper pour profiter du coucher de soleil.

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Les joies du sable...

Le lendemain nous reprenons la piste et Abdoul nous reconduit à Foum Zguid. De retour en ville nous demandons à Moustapha de nous indiquer un hôtel. Nous n'avons pas envie de reprendre la route le soir même. Mais nous ne résistons pas longtemps à l'invitation qu'il nous fait de venir chez lui dans sa famille.

 

Un jeune garçon nous accueille. Il s'agit de son petit frère. Moustapha nous présente sa maman et trois de ses sœurs. Son papa, lui, vit toujours sur le camp nomade. Ses autres frères et sœurs vivent éloignés dans d'autres villes vers l'ouest. Et puis il y a une toute petite poupée, une petite princesse, Firdaous (ce qui veut dire « le plus élevé des paradis ») les joues rondes, l’œil malicieux. Elle a un an et ne marche pas encore. Sa maman, sa grand-mère, ses tantes la gardent auprès d'elles. C'est drôle et ça pourrait paraître inapproprié aux yeux d'occidentaux de la voir passer de bras en bras, d'écharpe en écharpe, de dos en dos. C'est la seule enfant en bas âge et tout le monde s'en occupe. Elle ne reste jamais seule.

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Nous passons une partie de l'après-midi à l'ombre dans la maison. Les garçons font la sieste. Je retrouve les femmes dans l'autre partie de la maison. Fatima, la maman de Firdaous, se dessine des motifs au henné sur les mains. Elle me sollicite du regard, j'accepte qu'elle peigne ses arabesques sur la mienne. Nous n'avons que quelques mots de vocabulaire en commun, ceux que je connais en darija. La maman de Moustapha insiste pour que je comprenne ce qu'elle me dit. Elle me fais répéter des choses que je ne comprends pas et elle rit. Et je ris aussi ! Je passe un moment formidable au sein de cette communauté féminine.

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Nous sommes reçus comme des princes. Les plats cuisinés sont succulents et copieux. La maman de Moustapha nous montre comment elle fabrique ses tapis. Il nous parle de sa passion pour la culture nomade et de l'activité de guide qu'il a choisi de faire. Il nous emmène visiter l'ancienne médina et boire un thé à la terrasse d'un café traditionnel. Il nous parle de la façon dont il conçoit la vie, la religion, comment il voit la femme et la condition des femmes au Maroc. Il a l'étoffe d'un grand philosophe.

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J'ai eu la chance de faire de nouvelles rencontres merveilleuses. Moustapha est mon ami maintenant. J'aurai toujours plaisir à aller rendre visite à ses sœurs et sa maman. J'espère pouvoir lui montrer mes progrès en dialecte marocain. Et pour moi Firdaous sera toujours une princesse, « ma petite princesse du désert ».

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Publié dans Balades et autres

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