Consternation !

Publié le par Cécile

Imaginez, vous vivez dans la rue avec tous les dangers et les privations que cela représente. La journée vous cherchez à manger, vous vous bagarrez pour un bout de trottoir ou de ruelle. Il vous arrive de mendier et même de voler. Vous sortez la bouteille pleine de solvant et le chiffon imbibé que vous mettez sous votre nez. Quasi instantanément votre esprit s'envole, quitte ce corps et cet environnement qui deviennent insupportables tellement ils sont sales, abîmés, abjects.

Consternation !

Fermez les yeux… vous êtes à leur place...

La nuit c'est encore pire. Les rues sont sombres. Vous êtes obligé de vous y cacher et de rester éveillé si vous ne voulez pas être la victime d'une bande rivale, d'un individu mal intentionné qui peut vous tabasser, vous kidnapper, vous violer... Alors vous restez avec les autres qui comme vous ont peur. Parfois vous trouvez un refuge et vous vous serrez contre les autres tel un chiot apeuré avec le reste de la portée. Parfois vous arrivez à dormir… Quand vous êtes malade vous n'êtes pas soigné. Quand vous êtes très jeune, quand vous êtes une fille, quand vous êtes handicapé et si les autres ne vous protègent pas, vous faites comment pour vous en sortir ?

Consternation !
Consternation !

Un jour on vous propose un abri, certes partiel puisqu'il ne fonctionne pas la nuit. Mais au moins du matin 9h au soir 19h vous pouvez être à l'abri. Au début vous êtes un peu méfiant. Mais l'accueil est chaleureux et bienveillant. On ne vous demande rien sinon de confier bouteille et chiffon à l'arrivée. Le petit déjeuner est servi vers 10h. Du pain chaud, de l'huile d'olives, parfois du miel et un bon thé à la menthe fumant. Vous pouvez vous lavez. Vous pouvez avoir des vêtements propres. Plusieurs bénévoles donnent de leur temps pour que vous passiez de bons moments, des moments où vous pouvez jouer au ballon, peindre, faire un puzzle, de la musique, chanter… Bref avoir de vrais moments d'une vraie vie d'enfant. Il y a des tables, des chaises, un espace pour faire une cabane dans le petit jardin. Le midi vous avez un vrai repas. La musique revient et on chante. D'autres activités. Le temps passe et les adultes sont toujours là. Vous pouvez compter sur eux.

Consternation !
Consternation !

Et puis un autre jour l'association ne dispose plus de locaux. Vous retrouvez la rue, la crasse, la violence, la drogue, la peur. Vous vous sentez comme trahis. C'est quoi ce rêve qu'on vous a fait toucher du bout des doigts et qui disparaît du jour au lendemain ? 

Consternation !

Dans ma tête tous ces ressentis. Dans leurs yeux tous ces espoirs et… toute cette déception.

Comme tous les enfants sur cette Terre ces enfants ont des droits et des besoins que nous adultes nous avons la lourde responsabilité de respecter. Nous devons tout faire pour qu'ils soient appliqués. 

J'ai vu le travail fait par l'association Khoutwa, j'y ai participé. Avec elle les enjeux se situent dans la proximité. Il est question d'être au plus près de ce dont ils ont besoin sur le moment. Il est nécessaire d'agir pour la reconstruction d'une relation de confiance. Il faut leur redonner envie de croire en eux et en leur devenir. Pour eux il est important de voir qu'on leur accorde de la valeur, condition indispensable pour qu'ils s'en accordent eux aussi.

Consternation !Consternation !

J'ai vu dans le centre d'accueil de jour des choses se passer, se transformer pour les enfants. Je les ai vu capables de s'investir pour eux-mêmes dans une activité, une création. Je les ai vu s'amuser et rire du simple plaisir de jouer. Je les ai vu accepter de renoncer le temps d'une journée aux solvants pas chers et destructeurs qu'ils sniffent pour oublier leur misère, s'en priver plusieurs journées pour participer à une action collective valorisante. J'ai été témoin de leur investissement dans l'aménagement et l'entretien des locaux et du jardin. Je les ai vu s'entraider, nous aider. Je les ai vu faire preuve d'une générosité que leur condition ne peut laisser imaginer. Grâce à ce lieu de repos, de discussion, de réflexion, certains ont pu déjà reprendre une vie différente en retournant chez eux, en acceptant de participer à la vie en collectivité d'une institution, en reprenant un cursus scolaire, une formation professionnelle. Je les ai vu heureux de s'en sortir.

Consternation !

Alors pourquoi ce long plaidoyer ? C'est pour vous dire combien je suis effondrée que le local leur ait été retiré. Comment la société peut espérer faire de ces enfants des personnes respectueuses et respectables si elle-même ne les respecte pas ?

Alors même si le local en question doit impérativement retourner à son bénéficiaire initial, comprenez toute l'importance pour l'association d'avoir des bâtiments adaptés qui servent de refuge à proposer aux jeunes. Cela n'a pas besoin d'être extraordinaire, juste une grande pièce pour les activités, un jardin, des douches, des toilettes. Comme c'est le cas du local qu'ils viennent de quitter. Dans l'idéal il faudrait en plus une salle pour se reposer, une cuisine, un petit bureau, des espaces de rangements, une machine à laver le linge. Ce qui pourrait être aménagé dans le local... ou ailleurs.

 

Publié dans Mission solidaire

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