Premiers jours à Agadir

Publié le par Cécile

Mardi en fin de journée...

... Mimid m'attend à l'aéroport avec l'Unité mobile. Je suis très contente de le retrouver et de monter dans le rutilant carrosse de l'association Khoutwa (se prononce routoua). Je connais déjà une partie des actualités de l'association. Ainsi des locaux ont été mis à leur disposition, ceux-ci aillant pour vocation à accueillir en journée les enfants qui veulent se poser un peu, se doucher, changer de vêtements ou passer un peu de temps à jouer tout simplement.

Après une nuit passée chez Mimid avec sa femme Saïda, son fils Amine, sa belle sœur et sa nièce, Fatima et Ikrame, la journée du mercredi commence par la visite des nouveaux locaux. Je découvre un endroit qui peut offrir de nombreuses possibilités. Je retrouve Sadik, le jeune éducateur, avec qui j'avais déjà travaillé la dernière fois à la ferme, plus deux autres personnes que je ne connais pas encore. Assez rapidement après les premiers enfants arrivent. Parmi eux un que je connais déjà, Abdelali, le jeune qui avait déjà cherché à me charmer le premier soir à Salem. Trois musiciens bénévoles sont là aussi. Et avec eux les jeunes commencent à chanter et jouer du jdumbé. Ils sont cinq mais seuls deux d'entre eux participent réellement à l'activité. Les autres traînent dans la cours et ils finissent par aller s'occuper en dessinant dans la grande pièce. ​​​​​​

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Premiers jours à Agadir

Au alentour de 14h30 nous partageons le repas. Après avoir vidé leur plat de tajine en un temps record ils se lèvent de table pour aller fumer une cigarette dans le fond du jardin. "Madame, Madame, shouff, shouff (regarde, regarde) !" Brada me tire par le bras et me fait signe d'aller voir Abdelali. Il me montre son torse avec le doigt et le dirige vers son collègue pour me faire comprendre que je dois regarder à cette endroit. Malgré les protestations d'Abdelali, je me lève et demande à voir sous son vêtement. Il a le torse couvert d'une cinquantaine environ d'entailles dont trois assez profondes. Je finis par comprendre que c'est lui qui s'est infligé ça tout seul dans un accès de colère et sous l'emprise de l'alcool. Je le gronde gentillement mais en insistant sur la gravité de ses blessures et les risques d'infection. Je lui demande de prendre une douche et de venir se faire soigner ensuite. Tout penaud il accepte docilement. Premier job du séjour : infirmière. Le reste de l'après-midi a été très calme. Les jeunes poursuivent leurs activités du matin. A cet instant ils semblent heureux.

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Jeudi vers 10 h je retrouve Mimid, Sadik et Kamilia la jeune stagiaire de la fac de socio, au local. L'hôtel où je suis installée se trouve à deux pas de là. Je suis accueillie par Moustafa, Choukri, plus deux autres jeunes de la bande de Salem. Abdelali, Brada et un autre jeune homme, de la bande du L'batoir sont aussi présent comme la veille. Deux d'entre eux jouent au foot dans la petite cours, d'autres dessinent. Nous buvons le thé. La matinée passe et chacun avec un crayon de couleur, un pinceau ou des ciseaux dans les mains. Je suis invitée par les enfants à moi aussi faire preuve de créativité. Les dessins sont naïfs, des cœurs et des maisons principalement. Tous expriment ce qui leur manque le plus j'en suis convaincue : de l'attention, de l'amour et un abri. J'aide à la cuisine et en même temps j'essaie d'apprendre quelques mots. Brada est très exigeant quant à ma prononciation ! Il me reprend, me fait articuler, répéter... Et nous rigolons tous de mes maladresses.

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Brada dit avoir 14 ans mais doit avoir 10-12 ans en réalité. Personne ne le sait vraiment. Ce sont des enfants qui sont nés de femmes célibataire et/ou qui ont été abandonnés. Choukri, Moustafa et beaucoup d'autres sont dans la même situation. Dans ces cas-là les autorités peuvent leur permettent d'accéder à un état civil. A leur prénom, s'ils en ont eu un à la naissance, est accolé un autre prénom en guise de nom de famille. S'ils n'ont pas eu de premier prénom on leur en attribue deux.  Abdelali, lui, a une famille à Taroudant à 80 kilomètres de là. Mais son père le battait et il s'est enfui. Ce jeune dit avoir 19 ans. Mais encore une fois ce ne sont que ses paroles. Quand on leur demande leur âge les enfants sont toujours plus vieux qu'ils n'y paraissent. Peut-être se sentent-ils plus forts ainsi ?

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Un peu plus tard dans l'après-midi je me mets au tri des vêtements donnés.  Sadik et Souad, la présidente de l'association, me donnent un coup de main. On a demandé aux jeunes s'ils voulaient nous aider mais nous n'avons pas eu beaucoup de succès. En fin d'après-midi, Mimid et moi emmenons trois des enfants au souk d'Inzgane pour qu'ils choisissent des vêtements neufs pour le spectacle de demain. Brada m'a beaucoup fait rire. Le survêtement, qu'il finit par choisir après de longues hésitations, est rangé et plié par ses soins dans un sac un plastique transparent. Je le vois demander un papier au vendeur sur lequel il note consciencieusement son prénom. Il le glisse dans le sac qu'il ferme avec un nœud bien serré avec les dents. Tout fier il porte son précieux trésor dans les bras. Personne ne pourrait le lui prendre.

C'est l'heure de rentrer. La voiture se gare devant le portail du local. Je les quitte avec beaucoup de tristesse. Avant de partir les jeunes me prennent dans leur bras et m'embrassent. Ils saluent Si-Mimid (Monsieur Mimid est une marque de respect) et repartent vers la rue qui les attend pour la nuit.

Publié dans Mission solidaire

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