L'unité mobile (deuxième partie)

Publié le par Cécile

Cette fois nous nous garons dans une petite rue. L'unité mobile a été repérée de loin. Trois-quatre enfants nous rejoignent. Je suis encore remarquée et ils viennent vers moi. Ils demandent qui je suis à Sadik. Ils me serrent la main et, comme dans la petite école des montagnes, l'un d'entre eux la porte à ses lèvres. Un adolescent me prend par le bras et avaec un grand sourire commence à m'entraîner avec lui à l'écart du groupe. Sadik l'appelle et lui demande sur un ton plutôt sec quelque chose en marocain. Je ne sais pas ce qu'il lui dit mais le garçon me lâche et s'éloigne.

Nous reprenons la voiture pour aller un peu plus loin sur un boulevard où les trottoirs sont plus larges. Nous pouvons nous y installer. Les jeunes nous rejoignent et ils sont plus nombreux, une bonne dizaine. Le même regard hagard, les mêmes pupilles dilatées… Je prends les gobelets en plastique et vais les distribuer. Ils s'assoient par terre ou sur le muret qui entoure le parc derrière nous. L'un d'entre est lourdement handicapé. Je remarque que ce sont les autres qui se chargent de lui, l'installent près d'eux et lui tendent la nourriture. Karima et moi versons maintenant le lait. Un jeune chien recouvert de la même crasse que les enfants a le privilège de boire le premier dans le verre du garçon qui le tient dans les bras. Les jeunes mangent tous avidement les pâtisseries distribuées.

Les visages des enfants ont dû être couverts pour assurer leur protection

Les visages des enfants ont dû être couverts pour assurer leur protection

Sadik m'explique qu'ils y a plusieurs bandes, celle visitée précédemment, celle-ci et d'autres sur d'autres « points noirs » comme ils appellent les lieux sur lesquels les jeunes se regroupent. Ils sont une cinquantaine à fréquenter les sites où s'arrêtent le véhicule. En restant groupés ils évitent certains des dangers qui les guettent.

Certains reviennent vers moi et me serrent à nouveau la main. Ils ne la lâche pas tout de suite et me regardent avec amusement. L'adolescent qui m'avait pris le bras revient à la charge. Son large sourire et ses yeux pétillants cherchent à me charmer. Un autre le rejoint. Il a les joues rondes comme celle d'un jeune enfant. Il tient debout mais je vois que ça lui demande une certaine concentration. Les enfants vont d'un adulte à un autre. Ils veulent encore du lait, de la nourriture. Je demande à Mimid si je peux prendre des photos. Les jeunes repèrent vite mon portable avec qui je prends les premiers clichés. Ils se bousculent pour être celui qui sera sur l'image. Ils finissent par se regrouper et posent ensemble pour les photos. L'un d'entre eux me tire par le bras pour que je vienne avec eux. Mimid se charge des clichés. Le garçon joufflu est posté à ma gauche et il se colle tout contre moi. Je lui retire le chiffon imbibé de solvant et lui montre l'appareil. Il me regarde hébété et accepte de le mettre dans sa poche.

L'unité mobile (deuxième partie)L'unité mobile (deuxième partie)

La séance photos se termine et les enfants s'éloignent. Ils s'engouffrent dans les rues alentour, celles d'où ils avaient surgi il y a une demi-heure.

Nous remontons dans l'unité mobile et Mimid nous conduit vers les quartiers touristiques à côté de la plage. Nous sommes samedi et les parkings sont bondés. Après avoir tourné un peu sans trouver de place Mimid décide de revenir plus tard dans la nuit. Il n'y a pas d'enfants visibles pour l'instant.

Il n'est pas loin de 11h30 quand il me dépose devant l'entrée de mon hôtel. Je salue le portier et le réceptionniste. Je traverse le hall, descends plusieurs escaliers. Derrière la porte que je suis en train de déverrouiller je vais trouver un lit propre et la sécurité d'une chambre confortable. Maintenant que je suis seule je peux laisser couler mes larmes.

L'unité mobile (deuxième partie)

Publié dans Mission solidaire

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