Femmes entre hier et aujourd'hui

Publié le par Cécile

La question de l'émancipation des femmes s'est posée historiquement dans un contexte marqué par l'agression coloniale française (1912-1956), la défense de l'identité musulmane et la revendication nationaliste. Ainsi la condition des femmes est passée principalement par l'instruction des jeunes filles musulmanes prônant la morale et l'histoire de l'islam. Elles sont assignées aux travaux domestiques et à la maternité. L'islam salafiste surveille et contraint les croyances et les représentions des femmes notamment dans les villes (10 % de la population). L'idéal de la femme au foyer est mis en avant. Les femmes de la « bonne société » sont éduquées via les écoles coraniques spécialisées. Parallèlement l'accès à l'emploi se déploie : ouvrières agricoles et d'usine, dans les conserveries de poissons, de fruits et légumes, employée de maison. Dans le contexte de la colonisation la séparation des sexes se renforce. Les hommes durcissent leur rapports aux femmes qu'ils accusent de leur malheur historique. La claustration se renforce pour soustraire les femmes aux envahisseurs.

 

Extraits des articles de Hayat Zerari, 15/06/2016 et de Ainara Vilaseca, 16/09/16

En 1958 le code du statut personnel est adopté sous le règne de Mohammed V et prévoit une hiérarchisation des rôles selon laquelle la femme est un individu soumis à l'autorité de son époux. Son successeur, Hassan II, a été le premier à nommer des femmes au gouvernement en 1997. Néanmoins son mandat est connu populairement comme « les années de plomb », caractérisées par la quasi-disparition de l’État de droit. Cela laissera la position de la femme dans des conditions encore plus difficiles. La prise de pouvoir de son fils Mohammed VI en 1999 a donné un certain espoir à la population marocaine du fait qu'il a manifesté que la justice, l'éducation et les droits de l'homme se convertiraient en piliers fondamentaux de son règne.

Femmes entre hier et aujourd'huiFemmes entre hier et aujourd'hui
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En 2004 l'une des initiatives libérales les plus importantes est entrée en vigueur. Il s'agit de la Moudawana, le code de la famille, qui introduit des améliorations à la condition de la femme sans s'opposer, selon le gouvernement, à la loi coranique. Parmi les principaux éléments de la réforme : la coresponsabilité des conjoints (exclusivement du père auparavant) ; l'élimination de la nécessité d'une tutelle pour le mariage ; la capacité des femmes à demander le divorce ; le changement d'âge pour le mariage qui passe de 15 à 18 ans ; la polygamie reste autorisée avec le consentement de la première épouse ; les mariages à l'étranger sont reconnus ; la répudiation est soumise à une autorisation du juge ; l'obligation des deux conjoints de gérer mutuellement les affaires du foyer familial ; le harcèlement sexuel tend finalement à être puni par la loi ; et la fidélité mutuelle et non pas seulement de la femme comme dans les codes précédents. L'une des avancées les plus importantes en matière de vie politique est le fait que les femmes obtiennent le droit de faire partie des listes électorales mixtes et disposent d'une liste nationale aux élections législatives.

Fille du Sultan Moulay Youssef, plus connu comme le Roi Mohamed V, et issue de la première cohorte de Marocaines à obtenir un certificat d’études primaires, Lalla Aïcha devient rapidement un modèle de la cause des femmes. En 1943, Malika el Fassi la présentait déjà comme un exemple, et pressait les pères d’imiter le Sultan en envoyant leurs filles à l’école.

Fille du Sultan Moulay Youssef, plus connu comme le Roi Mohamed V, et issue de la première cohorte de Marocaines à obtenir un certificat d’études primaires, Lalla Aïcha devient rapidement un modèle de la cause des femmes. En 1943, Malika el Fassi la présentait déjà comme un exemple, et pressait les pères d’imiter le Sultan en envoyant leurs filles à l’école.

L'application réelle de ce nouveau code de la famille comporte des limites, dont la participation des femmes sur la scène publique, civile et politique. De plus les mesures établies à l'égard des violences contre les femmes sont encore insuffisantes. Les droits à l'éducation et à la formation, ainsi qu'aux activités économiques, restent encore loin d'être complètement aboutis, entraînant encore un grand analphabétisme . Les inégalités salariales persistent encore. Les marocaines ont le droit d'obtenir le permis de conduire, bien que le pourcentage de femmes à l'avoir reste très bas par rapport aux hommes. A l'égard de l'un des sujets les plus controversés, le droit de protection face au harcèlement sexuel reste rarement dénoncé par peur de représailles. La problématique qui reste sous silence est celle de la violence et de la souffrance provoquées par les menaces et la manipulation de leur époux.

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La peur ressentie par les femmes face aux menaces et les pensées conservatrices de soumission de la femme à l'homme, se transforment en limite et contrainte de ce progrès. A ce propos on peut faire allusion au cas d'une fille de 17 ans qui s'est immolée en août 2016 après que ses violeurs aient été libérés. Ils l'auraient menacée de diffuser la vidéo du viol si elle n'abandonnait pas les poursuites judiciaires.

Publié dans Etre femme

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